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Dé·mis·information : doit-on repenser le fact-checking?

Contrairement à la croyance populaire, les infox et la dé·mis·information n’auraient pas l’impact qu’on leur prête un peu abusivement. Une étude tombe à point nommé pour réveiller un peu les esprits endormis et questionner l’utilité d’un des piliers du journalisme.

Évidemment, ce type d’étude va être immédiatement décriée par l’ensemble des professionnels de l’information qui voient dans la vérification des faits un des piliers du métier. Pourtant, l’étude publiée dans le dernier Science Advances 1Evaluating the fake news problem at the scale of the information ecosystem” par Jennifer Allen, Baird Howland, Markus Mobius, David Rothschild and Duncan J. Watts, Science Advances, 3 Avril 2020 : Vol. 6, no. 14 donne matière à réflexion. Si les études sur les fausses informations en ligne ne manquent pas 2Social Media and Fake News in the 2016 Election” par Hunt Allcott et Matthew Gentzkow, Journal of Economic Perspectives, Volume 31, Number 2, Printemps 2017 3Research of Fake News Spreading Through Whatsapp” par Pooja Khurana, Deepak Kumar, Sanjeev Kumar, International Journal of Innovative Technology and Exploring Engineering (IJITEE), Avril 2019 4Fake news propagate differently from real news even at early stages of spreading” par Zhao and al 5Disinformation on Facebook – A case study from Finland” par Ketonen and al, Association for the Advancement of Artificial Intelligence, 2018 elles semblent principalement restreindre leur champ d’investigation à des plates-formes précises (Twitter, Facebook, Whatsapp) et ne considèrent que leur écosystème, négligeant au passage une approche plus large, davantage ancrée dans le réel et l’expérience de tous, en considérant le paysage média disponible dans son ensemble. Celle-ci, plus large, avance en conclusion que l’impact des dé·mis·informations, sur la population reste minimal, tant la portée initiale (le reach 6Reach : définition“, 2020 ) de celles-ci est faible. Quelles autres questions soulèvent-elle?

Un impact minimal des dé·mis·informations ?

L’étude de Science Advances — qui concerne essentiellement un paysage média américain — s’attache tout d’abord à montrer que la consommation d’information compte aujourd’hui pour une très petite fraction de la consommation totale de contenus médias sur une journée. Elle avance que sur les 460 minutes consacrées à la consommation de contenus, près de 86 % (400 min) sont consacrées à des contenus n’ayant aucun lien avec l’information. L’activité en ligne reflète cette tendance puisque l’information ne compte que pour 4,2 % de la consommation de contenus.

L’étude poursuit en observant de plus près la cohorte de gens consommant de l’information. La télévision arrive nettement en tête devant toutes autres plates-formes, les téléspectateurs étant parmi les plus âgés (le ratio temps de TV vs news online pour les + de 55 ans est de 94 min contre 13 min de consultation par exemple et ne dépasse pas 9 minutes maximum pour la TV et 5 minutes pour l’information en ligne pour les 18-24 ans).

La troisième partie de l’étude se penche sur l’impact des dé·mis·informations. En accord avec de précédentes études, les 60 ans et plus partagent davantage de fausses informations que les jeunes 7 Less than you think: Prevalence and predictors of fake news dissemination on Facebook” Andrew Guess, Jonathan Nagler et Joshua Tucker, Science Advances, 09 Jan 2019 : Vol. 5, no. 1 en revanche aucun des groupes étudiés ne passe plus de 1 % de son temps à interagir avec de fausses informations ce qui représente seulement 0,2 % de l’interaction totale avec des contenus au cours d’une journée. Une goutte d’eau dans un océan d’attention.

L’article se termine sur les recherches d’occurrence des termes dé·mis·informations et montre que les recherches sur Google scholar ont explosé depuis 2016, date de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. À titre personnel je surveille également l’intérêt porté aux fake news (en comparaison aux deepfakes) et 2016 semble clairement être l’année clef.

google trends 04.2020 evolution des termes fake news et deepfakes sur 10 ans

L’étude — comme ce post — ne suggère à aucun moment que les infox ne constituent pas un phénomène inquiétant pour le fonctionnement correct de nos démocraties et le maintien d’une population éclairée, mais comme le souligne Yochai Benkler il ne faut pas confondre “les preuves d’une activité avec les preuves de son effet” 8Cautionary Notes on Disinformation and the Origins of Distrust” par Yochai Benkler, Mediawell, 22 octobre 2019. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’une activité semble intense que ses effets ont un impact mesurable sur les populations concernées par ladite activité. L’impact de la satire 9 The Impact of Real News about “Fake News” : Intertextual Processes and Political Satire” par Paul R. Brewer, Dannagal Goldthwaite Young, Michelle Morreale, International Journal of Public Opinion Research, Volume 25, Issue 3, Autumn 2013 ou des fausses informations, de leur dissémination et de leur propagation sur les réseaux 10 Framing in a Fractured Democracy: Impacts of Digital Technology on Ideology, Power and Cascading Network Activation” par Robert M Entman, Nikki Usher, Journal of Communication, Volume 68, Issue 2, April 2018 semble mesuré et ne saurait pour le moment — au vu des volumes de consommation de contenus d’information en ligne — peser significativement sur la vie démocratique des pays qui en sont victime 11Pourquoi avons-nous si peur des fake news ? (1/2).” et “Pourquoi avons-nous si peur des fake news ? (2/2)” par Dominique Cardon, AOC, 21 juin 2019.

La parole des autorités publiques et des représentants politiques 12Farhall, Kate et al. “Political Elites’ Use of Fake News Discourse Across Communications Platforms.”, 2019 13“Fuchs, C. 2018. Propaganda 2.0: Herman and Chomsky’s Propaganda Model in the Age of the Internet, Big Data and Social Media. In: Pedro-Carañana, J., Broudy, D. and Klaehn, J. (eds.). The Propaganda Model Today: Filtering Perception and Awareness. Pp. 71–92. London : University of Westminster Press ou des organes de presse à large diffusion 14Fox’s Fake News Contagion” par Kara Swisher, The New York Times, 31 mars 2020 reste prédominante dans la fabrique et la propagation de fausses informations et de tout le cortège d’infox. Rien n’indique par exemple que celles-ci soient entièrement ou pour partie responsables de l’issue d’une élection ou d’un référendum. Dans le cadre des présidentielles Américaines ou du Brexit en 2016 notamment, on ne peut attribuer l’issue de ces deux consultations aux seules campagnes mensongères menées par les politiciens en course 15A victory won by Brexit lies does not make those lies true” par William Keegan, The Guardian, 15 décembre 2019 16How does Donald Trump lie? A fact checker’s final guide” par Alan Yuhas, The Guardian, 7 novembre 2016. En revanche, le résultat tiendrait à une multitude de facteurs qui ont élaboré le vote final 17Harold D. Clarke, Matthew Goodwin, Paul Whiteley, Why Britain Voted for Brexit: An Individual-Level Analysis of the 2016 Referendum VoteParliamentary Affairs, Volume 70, Issue 3, July 2017, Pages 439–464. Même si à l’époque le discours collectif tendait à renforcer l’idée que les infox avaient fait élire Trump 18A new study suggests fake news might have won Donald Trump the 2016 election” par Aaron Blake , The Washington Post, 3 avril 2018 19Facebook’s failure : did fake news and polarized politics get Trump elected?” par Olivia Solon, The Guardian, 10 novembre 2016 il semble que la réalité ait été un peu moins caricaturale 20Exposure to untrustworthy websites in the 2016 U.S. election” par Andrew M. Guess, Brendan Nyhan & Jason Reifler, 2016 21Fake news, Facebook ads, and misperceptions” par Andrew Guess et Benjamin Lyons, 2018.

Par ailleurs, insister sur le rôle prégnant des dé·mis·informations, sur la diète informationnelle des populations relève d’un discours dont on pourrait dire à minima qu’il sous-évalue leur capacité à exercer un jugement critique. On ne peut nier que certain·e·s d’entre nous sont plus fragiles que d’autres, que les inégalités en termes d’éducation, d’accès au savoir et de leur exercice sont telles qu’il y a naturellement des populations plus fortement exposées aux fausses informations et plus influençables 22Social Inequalities in News
Consumption“, par Antonis Kalogeropoulos and Rasmus Kleis Nielsen, Reuters Institute, 2018
. Mais, cela n’indique pas que ce soit la seule présence des infox qui préside à leur expérience de l’information. Le contexte dans lequel s’inscrit l’expérience de ces fausses infos — déficit de crédibilité des relais d’opinion, polarisation des discours, scepticisme généralisé envers la chose publique — favorise certainement l’émergence et la prolifération des fausses informations.

Du point de vue du public, le problème des fausses nouvelles ne concerne qu’en partie les reportages fabriqués, et reflète un mécontentement plus profond à l’égard de nombreuses sources d’information publiques, y compris les médias et les politiciens ainsi que les entreprises de plate-forme.23News you don’t believe: Audience perspectives on fake news” par Rasmus Kleis Nielsen and Lucas Graves, Reuters Institute, octobre 2017

Fake Trump

Le fact-checking en question

Le poids que de tels efforts de vérification fait reposer sur des rédactions déjà lourdement affectées par le contexte économique et la justification qui soutient un tel exercice méritent d’être questionné. De prime abord, les journalistes ont un biais positif en ce qui concerne le fact-checking. La vérification fait partie de la trousse à outils du journaliste qu’il mobilise à chaque reportage, à chaque écriture de papier. C’est en vérifiant plusieurs fois une information que les journalistes s’assurent de sa fiabilité. Difficile pour lui de s’en départir tant il parait faire partie intégrante de l’identité de corps qu’il lui a été insufflé soit à l’occasion de leurs années d’études, soit pendant l’exercice de leur profession. Priver les journalistes de cet argument de vérification reviendrait à priver les médecins de leur capacité à diagnostiquer un patient. La relation intriquée des deux ne peut être défaite.

Pour si le fact-checking a fait l’objet d’une littérature extrêmement vaste 24Nieminen, S., & Rapeli, L. (2019). Fighting Misperceptions and Doubting Journalists’ Objectivity: A Review of Fact-checking Literature. Political Studies Review, 17 (3), 296–309 l’efficacité de ses effets reste souvent débattue, parfois battue en brêche 25Nathan Walter, Jonathan Cohen, R. Lance Holbert & Yasmin Morag (2019) Fact-Checking: A Meta-Analysis of What Works and for Whom, Political Communication, DOI: 101,080/10584609.2019.1668894 26The Effect of Fact-checking on Elites” par Brendan Nyhan, juillet 2014

La question se pose alors.

Crise du Covid-19 : overdose de fact-checking ?

Sans chercher — encore une fois — à suggérer qu’il faille complètement cesser de vérifier les infox circulant sur le web, on peut s’interroger sur les moyens engagés pour lutter contre le phénomène et les raisons qui soutiennent cet engagement. Dans le cadre de la crise épidémique du coronavirus, les principales rédactions des médias nationaux d’ampleur et des médias locaux ont mobilisé leurs services de vérification ou des journalistes détachés de la rédaction pour vérifier les informations qui circulent sur la toile.

Libération avec Checknews 27Covid-19 : pourquoi des sites évoquent 90 000 cas en France, contre 68 000 au bilan officiel ?” par Cédric Mathiot, Checknews, Libération, 5 avril 2020, le Monde avec les Décodeurs 28Coronavirus : À quoi sert le confinement ?” par Agathe Dahyot, Maxime Vaudano et Melina Zerbib, Les Décodeurs, Le Monde, 2 avril 2020, AFP Factuel 29Coronavirus : les vérifications faites par l’AFP” par AFP, 17 février 2020, France Info et son “Vrai ou Fake30Coronavirus : le périphérique a-t-il été pris d’assaut par les Parisiens pour partir en vacances ?” par France Info, 4 avril 2020, 20 minutes et “Fake Off31Coronavirus, Didier Raoult, bilan chinois… Attention aux intox de la semaine” par 20 minutes, 4 avril 2020 ou encore le très récent collectif “journalistes solidaires” monté à l’occasion du confinement 32Journalistes Solidaires“, Une info douteuse ? Une vidéo troublante ? Nous vérifions pour vous • Toutes les enquêtes originales du collectif @JournalistesSol se livrent à une bataille intense contre la dé·mis·information et pourvoient à la pléthore de contenus produits chaque jour 33Coronavirus : près de 19 000 articles chaque jour dans la presse française, un record” par Cyril Petit, le JDD, 21 mars 2020 depuis le début de la crise. Ces services auront-ils servi à assouvir une curiosité morbide, à calmer une anxiété paralysante, à éviter des comportements inciviques, contenir les effets des consignes approximatives et changeantes du gouvernement, répondre avec pédagogie aux questions — nombreuses — des citoyens ? Une étude précise devra être conduite à la suite du confinement pour déterminer avec précision tous les effets d’une telle mobilisation.

En tous cas, jusque là, il n’existe aucun fait sérieusement établi d’une personne ayant été victime d’une infox propagée depuis le début de l’épidémie du Covid-19 par les réseaux sociaux ou les messageries de type Whatsapp. Si quelques empoisonnements mortels ont été rapportés à la chloroquine 34Elderly couple takes chloroquine phosphate to treat COVID-19; man dies, wife hospitalized“, WBRZ, 24 mars 2020 rien ne permet d’indiquer qu’une dé·mis·information en serait à l’origine. Il parait d’ailleurs plus probable que le buzz médiatique – bien classique celui-ci – ait poussé quelques-uns à s’automédicamenter. Par ailleurs, si les fausses informations avaient un impact particulièrement notable, en l’absence d’une position extrêmement stable des pouvoirs publics, nous devrions assister à une multiplication croissante d’accidents ou de contaminations imputables directement à une fausse info colportée par les réseaux. Ce n’est clairement pas le cas, pas encore tout du moins. Un article de CNN portant sur le rôle de Whatsapp dans la propagation d’infox à propos du coronavirus 35Facebook has a coronavirus problem. It’s WhatsApp“, CNN, 2020 mets en avant une citation alarmée du Premier ministre irlandais Leo Varadkar :

“These messages are scaring and confusing people and causing real damage. Please get your info from official, trusted sources.”

Il est ici question de “véritables dommages causés” par les messages sans que l’article d’Hadas Gold et Donie O’Sullivan n’en rapporte la moindre existence. S’ils existent, l’article passe à coté de l’essentiel et échoue à montrer le véritable danger. S’ils n’existent pas, alors nous avons là un papier alarmiste qui ne donne aucun contrepoint à une affirmation purement gratuite du Premier ministre irlandais.

 ❋

L’écho des infox

La mobilisation médiatique sur la crise pandémique du Covid-19 reste sans précédent. Plus un contenu produit ne semble aujourd’hui parler d’autre chose que du virus, provoquant de facto un sentiment d’encerclement et de panique confuse. Qui aura notre peau en premier ? Les errements de politiciens parfois dépassés, parfois incrédules, le virus lui-même ou un message que notre chère maman nous aura fait suivre ? On nous parle de dangers sans que nous soyons à même de les voir. Ils s’effacent à notre regard ; le virus trop minuscule, la rumeur insaisissable, le pouvoir trop grand ; tout cela échappe à notre appréhension. La méfiance ou la défiance prennent le dessus, dans l’intimité de nos casemates, chacun négocie avec soi même ce qu’il doit croire ou remiser au rang des balivernes. On transige avec les recommandations d’hygiène, les gestes barrière, pour un jogging, un paquet de farine, pour conserver un contact, parfois le seul de la semaine, ou un moment d’isolement quand on vit dans un appartement surpeuplé.

La radio, la TV, YouTube, Facebook, Twitter, Snapchat ou Instagram, de là parviennent les témoignages des cop·ains·ines, de la famille, d’étrangers, le récit collectif d’une solitude unique dans l’histoire récente, le récit angoissé parfois de nos propres limites, des limites de ce monde, du système et de ce qu’on croit.

Car il s’agit là de croire, croire en l’information, la rumeur, la blague, la parole officielle, pour la survie. On arbitre chaque morceau d’information, chaque kilobit téléchargé, chaque parole entendue. On arbitre pour éviter la menace, on se méfie, on apprend à se méfier, à repérer d’où vient le danger, d’où le coup peut partir. Et puis on prend soin de l’autre, la parole prend le dessus, on discute, on échange, l’exercice de la méfiance se collectivise. La méfiance, c’est certainement cela qui explique que les messages incriminés par le premier ministre irlandais ne portent pas vraiment leur fruit.

Bien sûr, l’effet des infox n’est pas complètement inexistant. Les antivacs — par exemple — nourrissent la communauté des anti-vaccins de mensonges éhontés sur les dommages supposés de la vaccination, prodiguant poudres de perlimpinpin et autres méthodes frôlant le charlatanisme primaire. Bien sûr qu’au moment de la découverte du vaccin anti-covid-19, cette communauté sera mobilisée pour répandre leur message. Bien entendu ce sera le travail des journalistes de vérifier que le discours ne sorte pas de sa bulle d’influence.

Le choix de l’impossible

Cette vaste mobilisation des rédactions (qui n’est pas exceptionnelle à la crise du coronavirus) dit quelque chose de la vision qu’elles et leurs journalistes ont d’elles-mêmes et du futur qu’elles se préparent. Renforcer ce positionnement éditorial sur le fact-checking, c’est se lancer dans une bataille perdue d’avance qui consiste à vider l’océan à la petite cuillère. C’est faire le choix de l’impossible. Choisir la posture éternelle de David face à Goliath en ayant l’assurance de perdre en toutes circonstances. Le fact-checking comme stratégie de développement est à mon sens une erreur que les journaux, financièrement encouragés par les plateformes sociales (les efforts de Facebook 36Ensuring everyone has access to accurate information and removing harmful content” par Facebook, 2020.) s’empressent d’implémenter tant leur équilibre financier est exsangue. Face à des milliers de candidats volontaires ou pas, capables de produire et diffuser en quelques minutes les informations les plus tordues, que peuvent faire quelques rédactions dont les effectifs fondent comme les budgets publicitaires en période de confinement ?

Le risque en effet, c’est que fact-checking ne soit plus simplement un outil ou un format employé pour diversifier à la marge une offre éditoriale, mais qu’il devienne une revendication. Qu’il devienne pour les journalistes (avec l’investigation) l’étendard d’une profession à défendre, le “pourquoi”, la justification morale (s’il en fallait une) d’une activité professionnelle en difficulté tant économique que sociale. Le danger c’est que ce fact-checking hérité d’une culture anglo-saxonne qui l’a (elle) parfaitement intégré, serve de creuset à l’histoire confortante du seul contre tous, du vengeur masqué indispensable à la sauvegarde de la démocratie et qu’il isole davantage qu’il ne rapproche.

Les demandes des lecteurs évoluent. En mars 2019, le Reuters Institute publiait son rapport intitulé “What do news readers really want to read about? How relevance works for news audiences?” 37What do news readers really want to read about? How relevance works for news audiences” par Kim Christian Schrøder, Reuters Institute, mars 2019 et pas une seule ligne ne parle de fact-checking. Dans son rapport fin 2019 intitulé “What People want to know about the News” 38What People want to know about the News” par Tamar Wilner, Dominique A. Montiel Valle, and Gina Masullo Chen, octobre 2019 le Center for Media Engagement souligne quatre points à améliorer:

  • Approfondissez les circonstances entourant le reportage ou adoptez une approche plus investigatrice.
  • Expliquez la terminologie spécialisée.
  • Expliquez pourquoi certaines sources ont été incluses alors que d’autres ont été omises.
  • Protégez-vous contre ce que les lecteurs considèrent comme un parti pris, qu’ils décrivent comme une relation potentiellement intime entre l’auteur et le sujet

Il y a là un potentiel de croissance et d’engagement immensément supérieur à mon sens. Une démarche positive qui répond aux préoccupations des citoyens, qui leur redonne un pouvoir, un contrôle sur leur vie, qui les conduits à une meilleure compréhension des enjeux, des mécaniques de l’information et des notions de pouvoir et d’influence qui s’articulent tout autour. Un travail plus dense, certes, mais un travail indispensable que quelques journalistes en moins dans un service de fact-checking pourraient mener superbement.

Notes :   [ + ]

1.Evaluating the fake news problem at the scale of the information ecosystem” par Jennifer Allen, Baird Howland, Markus Mobius, David Rothschild and Duncan J. Watts, Science Advances, 3 Avril 2020 : Vol. 6, no. 14
2.Social Media and Fake News in the 2016 Election” par Hunt Allcott et Matthew Gentzkow, Journal of Economic Perspectives, Volume 31, Number 2, Printemps 2017
3.Research of Fake News Spreading Through Whatsapp” par Pooja Khurana, Deepak Kumar, Sanjeev Kumar, International Journal of Innovative Technology and Exploring Engineering (IJITEE), Avril 2019
4.Fake news propagate differently from real news even at early stages of spreading” par Zhao and al
5.Disinformation on Facebook – A case study from Finland” par Ketonen and al, Association for the Advancement of Artificial Intelligence, 2018
6.Reach : définition“, 2020
7. Less than you think: Prevalence and predictors of fake news dissemination on Facebook” Andrew Guess, Jonathan Nagler et Joshua Tucker, Science Advances, 09 Jan 2019 : Vol. 5, no. 1
8.Cautionary Notes on Disinformation and the Origins of Distrust” par Yochai Benkler, Mediawell, 22 octobre 2019
9. The Impact of Real News about “Fake News” : Intertextual Processes and Political Satire” par Paul R. Brewer, Dannagal Goldthwaite Young, Michelle Morreale, International Journal of Public Opinion Research, Volume 25, Issue 3, Autumn 2013
10. Framing in a Fractured Democracy: Impacts of Digital Technology on Ideology, Power and Cascading Network Activation” par Robert M Entman, Nikki Usher, Journal of Communication, Volume 68, Issue 2, April 2018
11.Pourquoi avons-nous si peur des fake news ? (1/2).” et “Pourquoi avons-nous si peur des fake news ? (2/2)” par Dominique Cardon, AOC, 21 juin 2019
12.Farhall, Kate et al. “Political Elites’ Use of Fake News Discourse Across Communications Platforms.”, 2019
13.“Fuchs, C. 2018. Propaganda 2.0: Herman and Chomsky’s Propaganda Model in the Age of the Internet, Big Data and Social Media. In: Pedro-Carañana, J., Broudy, D. and Klaehn, J. (eds.). The Propaganda Model Today: Filtering Perception and Awareness. Pp. 71–92. London : University of Westminster Press
14.Fox’s Fake News Contagion” par Kara Swisher, The New York Times, 31 mars 2020
15.A victory won by Brexit lies does not make those lies true” par William Keegan, The Guardian, 15 décembre 2019
16.How does Donald Trump lie? A fact checker’s final guide” par Alan Yuhas, The Guardian, 7 novembre 2016
17.Harold D. Clarke, Matthew Goodwin, Paul Whiteley, Why Britain Voted for Brexit: An Individual-Level Analysis of the 2016 Referendum VoteParliamentary Affairs, Volume 70, Issue 3, July 2017, Pages 439–464
18.A new study suggests fake news might have won Donald Trump the 2016 election” par Aaron Blake , The Washington Post, 3 avril 2018
19.Facebook’s failure : did fake news and polarized politics get Trump elected?” par Olivia Solon, The Guardian, 10 novembre 2016
20.Exposure to untrustworthy websites in the 2016 U.S. election” par Andrew M. Guess, Brendan Nyhan & Jason Reifler, 2016
21.Fake news, Facebook ads, and misperceptions” par Andrew Guess et Benjamin Lyons, 2018
22.Social Inequalities in News
Consumption“, par Antonis Kalogeropoulos and Rasmus Kleis Nielsen, Reuters Institute, 2018
23.News you don’t believe: Audience perspectives on fake news” par Rasmus Kleis Nielsen and Lucas Graves, Reuters Institute, octobre 2017
24.Nieminen, S., & Rapeli, L. (2019). Fighting Misperceptions and Doubting Journalists’ Objectivity: A Review of Fact-checking Literature. Political Studies Review, 17 (3), 296–309
25.Nathan Walter, Jonathan Cohen, R. Lance Holbert & Yasmin Morag (2019) Fact-Checking: A Meta-Analysis of What Works and for Whom, Political Communication, DOI: 101,080/10584609.2019.1668894
26.The Effect of Fact-checking on Elites” par Brendan Nyhan, juillet 2014
27.Covid-19 : pourquoi des sites évoquent 90 000 cas en France, contre 68 000 au bilan officiel ?” par Cédric Mathiot, Checknews, Libération, 5 avril 2020
28.Coronavirus : À quoi sert le confinement ?” par Agathe Dahyot, Maxime Vaudano et Melina Zerbib, Les Décodeurs, Le Monde, 2 avril 2020
29.Coronavirus : les vérifications faites par l’AFP” par AFP, 17 février 2020
30.Coronavirus : le périphérique a-t-il été pris d’assaut par les Parisiens pour partir en vacances ?” par France Info, 4 avril 2020
31.Coronavirus, Didier Raoult, bilan chinois… Attention aux intox de la semaine” par 20 minutes, 4 avril 2020
32.Journalistes Solidaires“, Une info douteuse ? Une vidéo troublante ? Nous vérifions pour vous • Toutes les enquêtes originales du collectif @JournalistesSol
33.Coronavirus : près de 19 000 articles chaque jour dans la presse française, un record” par Cyril Petit, le JDD, 21 mars 2020
34.Elderly couple takes chloroquine phosphate to treat COVID-19; man dies, wife hospitalized“, WBRZ, 24 mars 2020
35.Facebook has a coronavirus problem. It’s WhatsApp“, CNN, 2020
36.Ensuring everyone has access to accurate information and removing harmful content” par Facebook, 2020
37.What do news readers really want to read about? How relevance works for news audiences” par Kim Christian Schrøder, Reuters Institute, mars 2019
38.What People want to know about the News” par Tamar Wilner, Dominique A. Montiel Valle, and Gina Masullo Chen, octobre 2019
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Gerald Holubowicz
http://geraldholubowi.cz
Chef de produit spécialisé en innovation éditoriale, j'étudie l'impact des médias synthétiques (deepfakes) sur la fabrique d'une culture visuelle numérique. J'enseigne à l'École De Journalisme et au Centre des Médias de Sciences Po