Mali : Synthesia au coeur des fausses informations

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Offrir une présentatrice ou un présentateur synthétique à tous. Voilà le crédeau de Synthesia.io. Fondée par Victor Riparbelli, l’entreprise vient de lever près de 50 millions d’euros 1 Synthesia raises $50M to leverage synthetic avatars for corporate training and more, Jordan Crook, TechnCrunch, 8 décembre 2021 et semble avoir le vent en poupe. Elle se retrouve pourtant au milieu d’une lutte politique au Mali où un de ses avatars est utilisé pour diffuser de fausses informations. 

France 24 révèle l’histoire début janvier 2 Voix robotique et “deepfakes” : les vidéos de l’intox au Mali, Alexandre Capron, France 24, 10 janvier 2022. Alors que les tensions s’accentuent entre la France et le Mali suite à la prise de pouvoir des Colonels dans le pays subsaharien, les messages à caractère politique soutenant le départ des 5000 hommes la force Barkhane se multiplient. Dans cet effort de communication, une page Facebook s’illustre en particulier. “Nabi Malien Den Halala” . On y voit un homme dans la trentaine dans un décors de JT de 20h accuser un certain nombre de figures politiques Malienne de corruption en lien avec le gouvernement Français.

Clairement la vidéo présente un certain nombre d’anomalies curieuses, la voix semble robotique, le discours ne ressemble pas à celui d’un présentateur de JT. Si le décors en fond ressemble à celui du journal de 13h de France 2, il ne correspond à aucun habillage de télévision française. Et pour cause. La vidéo provient de Synthesia, il s’agit d’un des avatars que l’entreprise mets à disposition de ses clients pour réaliser des présentations. Celui-ci s’appelle Jason.

Contacté, Victor Riparbelli m’indique que Synthesia n’accepte pas la production de contenus politiques sur sa plateforme et que le compte créé par l’utilisateur Malien a été supprimé dès que le contenu en question a été détecté. Une seule vidéo a pu être téléchargée néanmoins. Publiée sur Facebook, elle a collectée près de 100.000 vue et généré 250 commentaires et 4800 likes.

Ce cas, bien que très rare, permet de prendre la mesure des défis qui entourent les médias synthétiques. De la production à la diffusion, il semble bien difficile de contrôler la teneur des messages qui sont produits. La traçabilité ne résout pas l’affaire puisque dans ce cas, la vidéo diffusée est “authentiquement” synthétique et son auteur a utilisé un outil publiquement disponible.

Notes :

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Gerald Holubowicz
http://geraldholubowi.cz
Ancien photojournaliste et web-documentariste primé, je travaille désormais comme chef de produit spécialisé en innovation éditoriale. J’ai notamment collaboré avec le journal Libération, les éditions Condé Nast, le pure player Spicee et le Groupe les Échos/le Parisien. À travers mon site journalism. design, j’écris sur le futur des médias et étudie l’impact des réalités synthétiques — notamment les deepfakes — sur la fabrique de l’information. Après 10 ans d’interventions régulières auprès des principales écoles de journalisme reconnues, j’interviens désormais à l’École de Journalisme et au Centre des Médias de Sciences Po à Paris.