Nicolas Becquet: Facebook et les médias5 min de lecture

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La place de Facebook dans l’écosystème des médias ressemble de plus en plus à celle d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Tout le monde sent bien qu’à un moment ou à un autre les choses vont mal tourner, mais personne n’ose réellement bouger de peur d’effrayer la bête.

Dans un récent article publié sur le site de l’Observatoire Européen des Médias, Nicolas Becquet, journaliste et manager des supports numériques au quotidien belge l’Echo et auteur de l’excelent blog Mediatype donne corps, chiffres à l’appui, à ce que les observateurs attentifs présentaient depuis un certain temps: Facebook rémunère les médias les plus importants pour publier en masse du contenu vidéo sur sa plateforme.

TF1, Le Figaro, Le Parisien, Le Monde, tous reçoivent des sommes conséquentes pour abreuver en production de haute qualité les newsfeeds français. L’objectif, convaincre que Facebook est “the place to be” pour les éditeurs audiovisuels. Une pratique qui pose, comme le souligne l’article, la question de l’indépendance des rédactions face au géant Américain, tant sur la forme que sur le fond.

Bien évidement, Facebook n’en est pas à son premier essai. En juin 2016, le Wall Street Journal révélait à travers un article de Steven Perlberg et Deepa Seetharaman que près de 140 contrats d’une valeur de 50 millions de dollars avaient été signés avec des créateurs de contenus américains.

Un arrangement destiné à convaincre les producteurs U.S d’alimenter la plateforme avec des vidéos de haute qualité. En tête dans le classement des éditeurs d’information américains les plus rémunérés on peut donc retrouver, BuzzFeed avec 3,1 millions de $ pour 12 mois puis le New York Times (3M$), CNN (2.5M$), le Huffington Post (1.6M$) et Now This (1.5M$).

En France, les chiffres ne sont pas aussi précis, les uns et les autres préférant ne pas divulguer le montant des enveloppes délivrées par Facebook, mais la fourchette se situe entre 100.000 et 200.000 € par entreprise.

Pour les éditeurs le challenge de la vidéo est donc énorme mais la tentation de pouvoir capitaliser sur le succès de Facebook est plus fort. Depuis près d’un an, nombre de titres se sont donc mis à produire frénétiquement, et avec le soutient de la plateforme au logo bleu, des vidéos aux formats différents.

Nicolas Becquet a accepté de revenir sur son enquête pour discuter des implications de cette stratégie sur le fonctionnement des rédactions.

Coté Facebook, les enjeux ne reposent pas sur la visibilité mais sur l’attractivité. Il s’agit de fournir une variété de contenus importants pour garder les utilisateurs captifs sur la plateforme et les exposer le plus possible aux spots de pubs diffusés avant les vidéos.

Il faut savoir que dès 2013, l’Inte­rac­tive Adver­ti­sing Bureau souligne l’im­por­tance de la vidéo dans les stra­té­gies marke­ting et le place­ment publi­ci­taire. En fait, Daryl Simm, CEO d’Om­ni­com Group conseille même dans un article du Washing­ton Post publié à l’époque de repor­ter près de 10 à 20 % du budget publi­ci­taire annuel dévolu à la TV sur la part de “vidéo online”, et ce pour augmen­ter les reve­nus.

L’El­do­rado digi­tal vient d’être décou­vert, c’est la ruée vers l’or.

Trois ans plus tard, la recom­man­da­tion a porté ses fruits. L’aug­men­ta­tion des reve­nus de la pub en ligne a grossi considérablement, passant de près de 28 milliards en 2013 à un peu moins de 60 milliards de dollars en 2015. La quasi tota­lité des reve­nus pub sont trus­tés par Google et bien sûr Face­book.

Depuis 2015, l’en­tre­prise dirigée par Sheryl Sandberg a déployé une stra­té­gie parti­cu­liè­re­ment viru­lente pour conqué­rir des parts de marché et concur­ren­cer YouTube (Google) et d’autres plateformes vidéo sur leur propre créneau.

Mais avec près de 100 millions d’heures visionnées par jour depuis le Newsfeed, Facebook peine encore à rattrapper Youtube qui totalise près d’1 milliard d’heure visionné par jour. L’enjeu pour la firme basée à Menlo Park en Californie consiste donc à augmenter son offre de contenus pour aller chercher les dollars de la pub online qui dépasse, cette année, de 10 milliards le budget publicitaire aloué à la TV.

Prochaine étape donc, Hollywood. A l’instar de Netflix, Hulu et Youtube, Facebook pense serieusement à investir dans la production de séries originales afin de capter les audiences d’autres plateformes et donc, de nouveaux revenus publicitaires.


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