Une task force dédiée aux deepfakes en cours de création aux États-Unis

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Les États-Unis montent une Task Force dédiée aux deepfakes qui devrait entrer en action à la fin de l’année. Chargée de travailler sur la question des médias synthétiques, elle implique un certain nombre d’administrations et d’acteurs issus du civil et notamment des médias. Un brouillon du Sénat américain donnant les grandes lignes du « Deepfake Task Force Act » nous en dit plus.

National Deepfake and Digital Provenance Task Force

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Le calendrier des auditions menées par le Sénat américain fixe au 4 août prochain un business meeting organisé par le comité Homeland Security and Governmental Affairs 1 Comité sur la Sécurité intérieure et les Affaires gouvernementales, une commission permanente du Congrès qui est en relation avec le département de la Sécurité intérieure et qui est chargée de la sécurité intérieure. Cf : Hearings & Meetings, United States Senate, 2021—entrer « deepfake » dans la barre de recherche pour trouver le rendez-vous pour examiner le texte chargé d’établir le National Deepfake and Digital Provenance Task Force entre autres textes.

Une étape importante dans la lutte contre les contenus manipulés à l’aide des réseaux de neurones qui représentent pour beaucoup, une menace directe sur la conduite du débat démocratique, l’information équilibrée des citoyens et le bon déroulement élections de tous niveaux. Un sujet autour duquel se sont d’ailleurs rassemblés sous la forme d’une Coalition for Content Provenance and Authenticity 2 le site de la coalition https://c2pa.org/ regroupant la Content Authenticity Initiative 3 sur l’initiative d’Adobe, le groupe se concentre sur les systèmes permettant de fournir le contexte et l’histoire des médias numériques https://contentauthenticity.org/ et le Project Origin 4 une initiative de Microsoft et de la BBC pour lutter contre la désinformation dans l’écosystème de l’information numérique. https://www.originproject.info/ un certain nombre d’acteurs de la Tech comme Microsoft, Adobe, Intel ou Twitter et d’autres acteurs de la presse comme l’AFP, France Télévision, ou Radio-Canada.

Un cap est fixé

Le brouillon évoque un plan coordonné impliquant différentes administrations américaines de défense et scientifiques ainsi que des acteurs du monde civil pour « Réduire la prolifération et l’impact des contenus numériques manipulés, y compris en explorant

Extrait du NATIONAL DEEPFAKE AND DIGITAL 10 PROVENANCE TASK FORCE.

Extrait du texte instituant le National Deepfake and digital Provenance Task Force. (cliquez sur l’image pour y accéder)

l’adoption de standards permettant d’établir la provenance des contenus numériques pour limiter la prolifération des contenus numériques manipulés ».

Le plan évoque également une collaboration entre pouvoirs publics et acteurs privés tels que les ONG partenaires pour lutter contre la désinformation et réduire les contenus synthétiques manipulés à mauvais escient, notamment par la mise en place de programmes d’éducation et la mise à disposition d’outil de détection.

Le texte prend également en compte les droits humains essentiels et demande « Une évaluation des exigences en matière de respect de la vie privée et des libertés civiles associées aux efforts visant à déployer une technologie permettant de vérifier la provenance du contenu numérique ou de réduire la prolifération des contrefaçons de contenu numérique, y compris les modifications statutaires ou autres propositions de politiques. »

Les réponses législatives se font de plus en plus nombreuses en occident et en Asie concernant la création et la circulation des médias synthétiques, mais c’est la première fois qu’une initiative aussi large voit le jour sous l’impulsion d’une administration publique. En France, la Secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire, avait évoqué une législation anti-deepfakes sans préciser davantage quels en seraient les détails.

Peut-être que l’effort à fournir à l’échelon national devrait être un plus incisif et même si d’ores et déjà de grands médias français participent aux travaux des différentes initiatives américaines, un organe de réflexion français, voire européen, sur la question des médias synthétiques permettrait de garder un pied dans la discussion et d’apporter une plus grande diversité de points de vue au projet.

L’annonce officielle “Portman, Peters Introduce Bipartisan Legislation to Create Task Force at DHS to Combat Deepfakes” 5 U.S. Senate Committee on Homeland Security & Governmental Affairs, Portman, Peters Introduce Bipartisan Legislation to Create Task Force at DHS to Combat Deepfakes, 29 juillet 2021

Le texte intégral du projet est consultable ci-dessous.

Deepfake Task Force 8 (002)

Notes :

Notes :
1 Comité sur la Sécurité intérieure et les Affaires gouvernementales, une commission permanente du Congrès qui est en relation avec le département de la Sécurité intérieure et qui est chargée de la sécurité intérieure. Cf : Hearings & Meetings, United States Senate, 2021—entrer « deepfake » dans la barre de recherche pour trouver le rendez-vous
2 le site de la coalition https://c2pa.org/
3 sur l’initiative d’Adobe, le groupe se concentre sur les systèmes permettant de fournir le contexte et l’histoire des médias numériques https://contentauthenticity.org/
4 une initiative de Microsoft et de la BBC pour lutter contre la désinformation dans l’écosystème de l’information numérique. https://www.originproject.info/
5 U.S. Senate Committee on Homeland Security & Governmental Affairs, Portman, Peters Introduce Bipartisan Legislation to Create Task Force at DHS to Combat Deepfakes, 29 juillet 2021
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Gerald Holubowicz
http://geraldholubowi.cz
Ancien photojournaliste et web-documentariste primé, je travaille désormais comme chef de produit spécialisé en innovation éditoriale. J’ai notamment collaboré avec le journal Libération, les éditions Condé Nast, le pure player Spicee et le Groupe les Échos/le Parisien. À travers mon site journalism. design, j’écris sur le futur des médias et étudie l’impact des réalités synthétiques — notamment les deepfakes — sur la fabrique de l’information. Après 10 ans d’interventions régulières auprès des principales écoles de journalisme reconnues, j’interviens désormais à l’École de Journalisme et au Centre des Médias de Sciences Po à Paris.