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Un montage qui présente une machine à écrire, un téléphone, un micro et un casque pour évoquer le multimédia
EN BREF

L'information, ce n'est pas simplement le journalisme. Approche transdisciplinaire de l'innovation éditoriale et réflexions sur les nouveaux métiers de la rédaction.

CONSTAT

Commençons par affirmer que le journalisme n’est pas en difficulté. Il traverse une période où les opportunités sont multiples. Le numérique ouvre des perspectives nouvelles et propose de nouveaux formats. Le digital apporte la mobilité et la prolonge dans le geste pour faciliter l’accès aux contenus. Le public a désormais accès à la plus grande source d’informations de toute son histoire et participe enfin à la discussion globale. L’information circule en un éclair de seconde à travers le monde et peut atteindre n’importe qui à la surface du globe.

En réalité, la crise que nous connaissons touche surtout les médias et leur modèle économique. Les rédactions et leur cohorte de journalistes appréhendent mal le changement. Elles s’adaptent difficilement aux nouveaux usages du public et peinent à reconnaitre certaines innovations comme des facteurs positifs de changements. Elles peinent également à retrouver la confiance du public et à structurer une offre en phase avec les besoins contemporains capable de générer des revenus solides. Les journalistes doivent faire évoluer leurs pratiques et prendre conscience de leur nouveau rôle dans la chaine d’information. Ils doivent embrasser les techniques émergentes sans rien renier de leur passé. L’enjeu consiste à combiner l’héritage de certains principes à la modernité des nouvelles pratiques : un journalisme de solution, un journalisme de données, écoresponsable, innovant, technologiquement éthique, ouvert sur la diversité sociale, culturelle et de genre, un journalisme plus ancré dans les territoires pour un développement durable de liens sociaux structurants. Pour se faire, l’écosystème de la rédaction est à réinventer et c’est en y apportant différentes compétences extérieures, en organisant le dialogue avec ces nouveaux éléments et en animant différents travaux transdisciplinaires que le média de demain verra le jour.

MISSION

L’objectif de cette publication est de regarder au-delà des outils et des techniques et de s’interroger sur le rôle de la technologie et de la culture numérique dans un environnement d’information.

Journalism.design a été créé en septembre 2015 pour porter un regard sur les nombreuses transformations (numériques, culturelles, techniques et méthodologiques) que vivent les organes de presse et les médias. Si l’information repose encore aujourd’hui sur la pratique de journalistes professionnels, elle ne se limite pas à cela. La place de la technologie et de la culture numérique est croissante et la maîtrise de ces nouveaux facteurs de croissance peut faire une différence cruciale entre le succès et l’échec d’une publication.

L’industrie, qui tente avec beaucoup de difficultés, de passer d’un modèle analogique à un modèle purement numérique, fait face à l’assèchement des sources de revenus et à des crises de confiance jamais rencontrées auparavant. Une urgence à repenser l’ensemble du secteur, de façon transversale, semble se faire de plus en plus pressante. Que ce soit sur la nature des structures juridiques et des modèles économiques 1 voir les travaux de Julia Cagé dans ce domaine ou l’organisation de la fin des parutions papier et de leur écosystème de distribution, en passant par le développement et la consolidation du volet numérique, la presse doit se repenser pour progresser.

L’objectif de cette publication, notamment sur son volet “innovation éditoriale”, est précisément d’explorer les potentialité de changement et de progrès dans le secteur de la tech de l’information. 2 à écouter la définition de la tech par Philippe Bihouix sur Vlan!

ORIGINES

La réflexion qui mène aujourd’hui À Journalism.design remonte À 2009.

Photojournaliste, correspondant aux États-Unis, je cherche de nouvelles façons de raconter les évènements que je couvre à l’aide de la photographie depuis près de 10 ans. Je découvre en 2009 un nouveau type de narration combinant différents types de médias dans une approche cohérente et complémentaire. Une narration adaptée à mon envie de marier un penchant fort pour les nouvelles technologies et le langage visuel que porte la photographie : la narration transmedia.

La narration transmédia, puise ses fondements dans une approche multidisciplinaire et repose sur un certain nombre de méthodologies héritées à la fois de l’univers de la production audiovisuelle, de l’entrepreneuriat et des méthodes agiles en cours dans le milieu du développement web. Cette approche multidisciplinaire me séduit immédiatement. J’y trouve les ressorts structurants qui manquent à la pratique du journalisme et y vois immédiatement les réponses aux problématiques qui agitent le monde du journalisme.

Ma réflexion sur la structuration méthodologique de la création à partir des méthodes agiles se poursuit en 2010. Pendant plusieurs mois, je dévore toute la littérature disponible sur la conception de projets transmedia, passant des manuels de production audiovisuelle, aux manuels de conception web en mode « agile ».

À l’occasion de l’écriture de Moneocracy, je tente m’implémenter certaines techniques et d’instiller quelques bonnes pratiques méthodologiques, je m’empare des outils, ma conviction se forge : le design et la narration sont faits pour marcher main dans la main. En parallèle, au sein de Storycode Paris (dont j’apporte le concept en France et co-fonde le premier chapitre hors New York en 2013), je mets en place avec les autres bénévoles des techniques que nous affinons et qui s’appuient directement sur les méthodes agiles.

L’objectif : aider les auteurs, à travers des « story hackathons », à concevoir des franchises transmedia complètes. De la phase d’idéation proprement dite à la stratégie de diffusion de la franchise. Ces méthodes sont affinées de 2011 à 2015 et sont régulièrement éprouvées au cours de « story hackathons » dont France Tv, Arte ou Radio France ont été partenaires. Ces méthodes s’inspirent notamment du « Business canvas » d’Alexander Osterwalder, des techniques d’UX design et UX stratégies, des méthodes agiles et d’autres influences venues du monde des startups. Début 2016, je crée Storydesign.fr dont la raison d’être est d’agréger les 6 ans d’expérience accumulée dans le domaine des nouvelles écritures.

L’élection de Donald Trump fin 2016 vient tout bouleverser. Je décide de revenir à mes premiers amours et de réorienter les efforts de storydesign vers le journalisme en créant “Journalism.design”.

L'AUTEUR

Gérald Holubowicz

Dix ans de photo-journalisme et presque autant dans les nouveaux médias nourrissent ma carrière professionnelle. Amoureux de l’image photographique et animée, attaché à la narration et aux expériences fortes et innovantes, je développe à travers mes collaborations une expertise multi-plateforme qui intègre les dimensions narratives, techniques et expérientielles nécessaires à l’engagement des audiences web et mobile. Professionnellement, j’aide les rédactions avec lesquelles je collabore à inscrire leur vision éditoriale dans un environnement numérique. Depuis 2018, je suis chef de Produit spécialisé dans l’innovation éditoriale.

Dernière mise à jour: juillet 2021

geraldholubowi.cz

Notes :

Notes :
1 voir les travaux de Julia Cagé dans ce domaine
2 à écouter la définition de la tech par Philippe Bihouix sur Vlan!