MANIFESTE - JOURNALISM.DESIGN 2018.
1. Penser un journalisme “Digital Native”
Bouleversé par les mutations technologiques qui agitent le monde depuis l’arrivée d’Internet dans nos vies, le journalisme doit désormais s’adapter à une nouvelle réalité. Il n’y aura plus de retour en arrière. Le monde analogue s’éloigne et de cette ère, nous devons garder le meilleur et faire évoluer les pratiques.Ce qui a été inventé il y a un siècle pour un monde où le moteur à vapeur et le charbon régnaient en maitres, doit être ré-examiné à l'ère du pixel.

Les journalistes se doivent désormais de comprendre les transformations qui bouleversent leur profession pour évoluer dans ce nouvel écosystème « digital ». Il devient nécessaire qu'ils maitrisent les codes qui forgent les usages de millions de gens à travers le globe pour en tirer le meilleur parti.

Penser un journalisme "Digital Native" revient à repenser les règles séculaires qui régissent la recherche, la collecte, le traitement et la diffusion des informations en intégrant nativement la dimension numérique.
2. Faire converger Journalisme et Design
Pour réinventer, il s’agit d’adopter de nouveaux cadres de pensées. Il s’agit de s’extraire pour un temps des idées reçues et des dogmes étouffants et de se poser les questions à la lumière d’un nouveau jour. Avec méthode et rigueur, il s’agit de penser, interroger, prototyper et tester les nouvelles formes de journalisme, de nouveaux formats, de nouvelles organisations.

Il s’agit pour cela de casser les murs des rédactions. D’abord à l’intérieur pour laisser entrer les métiers de la technique, les développeurs, les scientifiques, les designers, il s’agit de recréer les écosystèmes internes nécessaires à la production d’une information plus en phase avec les usages de tous. Puis à l’extérieur pour accueillir la parole des gens, favoriser l’échange, créer des communautés, forger des relations et renouer la confiance.
3. Rendre un service aux lecteurs
Penser à l’usager. Le placer au cœur des préoccupations. En faire l’enjeu numéro 1 de chacun des membres d’une rédaction. S’assurer que les éléments d’information recueillis seront découverts, lus, compris et partagés. La mission des rédactions s’articule désormais autour de ces impératifs nouveaux.

Il ne s’agit plus de rapporter les faits. Désormais, les journalistes doivent pleinement jouer leur rôle d’intermédiaire, de pédagogues, de passeurs ou de veilleurs à l’écoute de leurs pairs. Il s’agit de tendre l’oreille à ce que la rue, les réseaux ont à dire, il s’agit de réengager le dialogue sans chercher à tirer profit ou parti, ni forcément plaisir.Pour cela, il existe de nouveaux outils qui interrogent les usages et offrent des solutions pour améliorer les expériences.

Il s’agit également de s’engager dans la vie citoyenne, qu’elle soit locale ou plus large pour favoriser le débat et l’émergence de consciences citoyennes fortes, ou plus simplement, offrir aux plus démunis un service d'information à la hauteur des enjeux sociétaux qui nous attendent. Le journalisme est un bien public qu’il faut traiter comme tel.
4. Penser les nouveaux formats
Adapter ses contenus aux usages, aux rythmes de vie, aux envies, aux gens, c’est un effort chaque fois renouvelé. Apprendre et comprendre les nouveaux outils. Maitriser cette palette digitale qui permet de toucher le cœur et la raison d’une audience, de l’écouter attentivement et d’engager le dialogue d’égal à égal, de créer les conditions d’un débat public sain et éclairé, c’est ça le devoir des journalistes.

Longforms, vidéos interactives, réalités virtuelles ou augmentées, Instagram ou Snapchat stories, hashtags stories, chatbots, documentaires interactifs, data-visualisations, infographies, tous ces formats et ceux à venir doivent non seulement être maitrisés, mais leur développement doit être encouragé au sein des rédactions pour valoriser les savoirs-faire.

Pour cela, la formation devient l’arme absolue des professionnels. Comme les virtuoses qu’on écoute religieusement, les journalistes doivent aujourd’hui connaitre leurs gammes, les notes, les accords numériques qui feront les formats les plus engageants.
5. Collaborer pour mieux survivre
Il a été démontré que dans les systèmes en crise, la coopération et la collaboration confèrent un avantage certain en termes de survie. La presse reste historiquement un milieu extrêmement compétitif où tous les coups sont permis pour écraser l’autre. Il est temps de rompre avec cette spirale contre-productive qui entraine vers le fond ceux les plus virulents comme les derniers des moutons.

L’ampleur de certaines histoires a permis de jeter des ponts entre les titres, entre les rédactions pour le bien commun. C’est bien que la collaboration a du bon et qu’elle est d’ores et déjà reconnue comme un avantage compétitif majeur. À l’heure où l’on voit pointer le nez des fausses informations concoctées par des officines officielles ou des adolescents inconscients, il est temps de réaliser que le danger ne vient plus de la concurrence. 

Ce sont les sources d’informations toxiques alternatives, certains gouvernements ou entités privées dont les intérêts divergent profondément de ceux d’une majorité des populations qui constituent les forces d’opposition à l’émergence d’une information vérifiée et recoupée, sensée et crédible.
6. Pour un Journalisme Visuel
L’humanité exerce son œil depuis la nuit des temps. C’est lui qui a permis l’émergence de l’écriture et du savoir, de la culture et de l’information. Sans forcer la révolution, il s’agit aujourd’hui de ne pas se laisser aveugler par une forme visuelle au détriment d’une autre.

Chacun des formats dispose de son propre rythme, de sa propre valeur et livre au public des informations différentes. Il est nécessaire de traiter l’image fixe et animée de la même façon. De reconnaitre leur valeur non à l’aune du revenu publicitaire qu’il génère, mais bien en fonction de la valeur informative qu’elle présente.

La photographie dénigrée reste un vecteur puissant d’émotion quand la vidéo amène une dimension pédagogique qui est inconnue à l’image fixe. Sachons utiliser les deux pour émouvoir ou expliquer. Soutenons les par l'infographie et la data-visualisation.
7. Pour un Journalisme de Narration
Au fond des cavernes où l’humanité trouvait refuge, l’histoire réunissait petits et grands qui communiaient autour de récits tirés des journées ou de l’imaginaire. L’art narratif n’est pas exclusivement réservé à la fiction. L’information peut s’en emparer à nouveau pour redonner au réel le souffle dont il manque pour passionner les foules.

Il est temps de reconnecter avec le récit, notre récit. Il est temps de nous raconter à nouveau, il est temps de vous raconter de mille façons, en ligne ou hors-ligne, par écrit, à la voix, par l’image, mais toujours en suivant ces règles narratives que tout le monde connait et qui résonnent en nous depuis toujours.

Raconter une histoire, c’est emmener l’autre dans un monde qu’il ne connait pas, lui faire découvrir des choses qu’il ignore et lui faire ressentir des émotions inexplorées.
8. Pour un Journalisme solide sur ses deux jambes
Pour avancer, il faut avoir au minimum deux jambes. L’une qui se lance vers l’avant et tâte le terrain nouveau qui s’étale sous elle. L’autre qui reste encore pour un temps, planté en arrière, pour assurer au mouvement la stabilité et la force dont il a besoin. Le journalisme « Digital Native » s’élance vers l’avant, embrassant avec discernement les avancées narratives, techniques et organisationnelles qu’offrent le monde du numérique et ses mille promesses.

Ce mouvement n’est possible que parce que les bases éthiques du métier sont solides. Bien sûr, celles-ci devront tôt ou tard s’adapter à un nouvel environnement, se renforcer, élargir leurs champs d’action. Il est crucial d’envisager au plus vite les enjeux de demain pour préparer une approche éthique étendue qui ne se résume pas qu’à la Charte de Munich ou aux diverses chartes de déontologie des journalistes.

Une approche qui se doit désormais d'intégrer dans son texte l'impact environnemental et sociétal de la diffusion d'informations en responsabilisant conjointement les rédactions et les directeurs de publications.
MANIFESTE - JOURNALISM.DESIGN 2018.

1. Penser un journalisme “Digital Native”

Bouleversé par les mutations technologiques qui agitent le monde depuis l’arrivée d’Internet dans nos vies, le journalisme doit désormais s’adapter à une nouvelle réalité. Il n’y aura plus de retour en arrière. Le monde analogue s’éloigne et de cette ère, nous devons garder le meilleur et faire évoluer les pratiques.

Ce qui a été inventé il y a un siècle pour un monde où le moteur à vapeur et le charbon régnaient en maitres, doit être ré-examiné à l'ère du pixel.Les journalistes se doivent désormais de comprendre les transformations qui bouleversent leur profession pour évoluer dans ce nouvel écosystème « digital ». Il devient nécessaire qu'ils maitrisent les codes qui forgent les usages de millions de gens à travers le globe pour en tirer le meilleur parti.

Penser un journalisme "Digital Native" revient à repenser les règles séculaires qui régissent la recherche, la collecte, le traitement et la diffusion des informations en intégrant nativement la dimension numérique.

2. Faire converger Journalisme et Design

Pour réinventer, il s’agit d’adopter de nouveaux cadres de pensées. Il s’agit de s’extraire pour un temps des idées reçues et des dogmes étouffants et de se poser les questions à la lumière d’un nouveau jour. Avec méthode et rigueur, il s’agit de penser, interroger, prototyper et tester les nouvelles formes de journalisme, de nouveaux formats, de nouvelles organisations.

Il s’agit pour cela de casser les murs des rédactions. D’abord à l’intérieur pour laisser entrer les métiers de la technique, les développeurs, les scientifiques, les designers, il s’agit de recréer les écosystèmes internes nécessaires à la production d’une information plus en phase avec les usages de tous. Puis à l’extérieur pour accueillir la parole des gens, favoriser l’échange, créer des communautés, forger des relations et renouer la confiance.

3. Rendre un service aux lecteurs

Penser à l’usager. Le placer au cœur des préoccupations. En faire l’enjeu numéro 1 de chacun des membres d’une rédaction. S’assurer que les éléments d’information recueillis seront découverts, lus, compris et partagés. La mission des rédactions s’articule désormais autour de ces impératifs nouveaux.Il ne s’agit plus de rapporter les faits. Désormais, les journalistes doivent pleinement jouer leur rôle d’intermédiaire, de pédagogues, de passeurs ou de veilleurs à l’écoute de leurs pairs.

Il s’agit de tendre l’oreille à ce que la rue, les réseaux ont à dire, il s’agit de réengager le dialogue sans chercher à tirer profit ou parti, ni forcément plaisir. Pour cela, il existe de nouveaux outils qui interrogent les usages et offrent des solutions pour améliorer les expériences.Il s’agit également de s’engager dans la vie citoyenne, qu’elle soit locale ou plus large pour favoriser le débat et l’émergence de consciences citoyennes fortes, ou plus simplement, offrir aux plus démunis un service d'information à la hauteur des enjeux sociétaux qui nous attendent. Le journalisme est un bien public qu’il faut traiter comme tel.

4. Penser les nouveaux formats

Adapter ses contenus aux usages, aux rythmes de vie, aux envies, aux gens, c’est un effort chaque fois renouvelé. Apprendre et comprendre les nouveaux outils. Maitriser cette palette digitale qui permet de toucher le cœur et la raison d’une audience, de l’écouter attentivement et d’engager le dialogue d’égal à égal, de créer les conditions d’un débat public sain et éclairé, c’est ça le devoir des journalistes.

Longforms, vidéos interactives, réalités virtuelles ou augmentées, Instagram ou Snapchat stories, hashtags stories, chatbots, documentaires interactifs, data-visualisations, infographies, tous ces formats et ceux à venir doivent non seulement être maitrisés, mais leur développement doit être encouragé au sein des rédactions pour valoriser les savoirs-faire.

Pour cela, la formation devient l’arme absolue des professionnels. Comme les virtuoses qu’on écoute religieusement, les journalistes doivent aujourd’hui connaitre leurs gammes, les notes, les accords numériques qui feront les formats les plus engageants.

5. Collaborer pour mieux survivre

Il a été démontré que dans les systèmes en crise, la coopération et la collaboration confèrent un avantage certain en termes de survie. La presse reste historiquement un milieu extrêmement compétitif où tous les coups sont permis pour écraser l’autre. Il est temps de rompre avec cette spirale contre-productive qui entraine vers le fond ceux les plus virulents comme les derniers des moutons.L’ampleur de certaines histoires a permis de jeter des ponts entre les titres, entre les rédactions pour le bien commun.

C’est bien que la collaboration a du bon et qu’elle est d’ores et déjà reconnue comme un avantage compétitif majeur. À l’heure où l’on voit pointer le nez des fausses informations concoctées par des officines officielles ou des adolescents inconscients, il est temps de réaliser que le danger ne vient plus de la concurrence.Ce sont les sources d’informations toxiques alternatives, certains gouvernements ou entités privées dont les intérêts divergent profondément de ceux d’une majorité des populations qui constituent les forces d’opposition à l’émergence d’une information vérifiée et recoupée, sensée et crédible.

6. Pour un Journalisme Visuel

L’humanité exerce son œil depuis la nuit des temps. C’est lui qui a permis l’émergence de l’écriture et du savoir, de la culture et de l’information. Sans forcer la révolution, il s’agit aujourd’hui de ne pas se laisser aveugler par une forme visuelle au détriment d’une autre.Chacun des formats dispose de son propre rythme, de sa propre valeur et livre au public des informations différentes.

Il est nécessaire de traiter l’image fixe et animée de la même façon. De reconnaitre leur valeur non à l’aune du revenu publicitaire qu’il génère, mais bien en fonction de la valeur informative qu’elle présente.La photographie dénigrée reste un vecteur puissant d’émotion quand la vidéo amène une dimension pédagogique qui est inconnue à l’image fixe. Sachons utiliser les deux pour émouvoir ou expliquer. Soutenons les par l'infographie et la data-visualisation.

7. Pour un Journalisme de Narration

Au fond des cavernes où l’humanité trouvait refuge, l’histoire réunissait petits et grands qui communiaient autour de récits tirés des journées ou de l’imaginaire. L’art narratif n’est pas exclusivement réservé à la fiction. L’information peut s’en emparer à nouveau pour redonner au réel le souffle dont il manque pour passionner les foules.

Il est temps de reconnecter avec le récit, notre récit. Il est temps de nous raconter à nouveau, il est temps de vous raconter de mille façons, en ligne ou hors-ligne, par écrit, à la voix, par l’image, mais toujours en suivant ces règles narratives que tout le monde connait et qui résonnent en nous depuis toujours.Raconter une histoire, c’est emmener l’autre dans un monde qu’il ne connait pas, lui faire découvrir des choses qu’il ignore et lui faire ressentir des émotions inexplorées.

8. Pour un Journalisme solide sur ses deux jambes

Pour avancer, il faut avoir au minimum deux jambes. L’une qui se lance vers l’avant et tâte le terrain nouveau qui s’étale sous elle. L’autre qui reste encore pour un temps, planté en arrière, pour assurer au mouvement la stabilité et la force dont il a besoin. Le journalisme « Digital Native » s’élance vers l’avant, embrassant avec discernement les avancées narratives, techniques et organisationnelles qu’offrent le monde du numérique et ses mille promesses.

Ce mouvement n’est possible que parce que les bases éthiques du métier sont solides. Bien sûr, celles-ci devront tôt ou tard s’adapter à un nouvel environnement, se renforcer, élargir leurs champs d’action. Il est crucial d’envisager au plus vite les enjeux de demain pour préparer une approche éthique étendue qui ne se résume pas qu’à la Charte de Munich ou aux diverses chartes de déontologie des journalistes.

Une approche qui se doit désormais d'intégrer dans son texte l'impact environnemental et sociétal de la diffusion d'informations en responsabilisant conjointement les rédactions et les directeurs de publications.