Que veut dire “Digital” dans “Journalisme Digital” ?3 min de lecture

Le digital est partout. On en parle aux infos, on le voit inscrit en toutes lettres sur les appareils qui nous entourent, c’est même devenu un mode de vie. On pourrait crier au scandale linguistique en entendant sans cesse ce mot « digital » tomber dans la bouche de tous les startupers. Pourtant, il revêt une autre dimension. Voyons cela ensemble.

Le digitum, c’est le doigt. Le doigt version latine. Comment est-on passé du « digitum » au « digital » sans (vraiment) passer par le numérique ? Anglicisme primaire ? Peut-être bien puisqu’on peut remonter les traces de ce néologisme aux années 70 au moment de l’apparition du « digital display », le fameux affichage qui donne son cachet visuel à l’intérieur de la DeLorean de Marty McFly. Le digital fait high-tech, il sonne bien, il place direct celui qui l’utilise dans le camp du progrès, de l’innovation.

Le lien le plus direct qu’on peut tracer entre le « digitum » et la notion d’ordinateur, c’est le boulier. L’instrument qui remonte aux Grecs de l’antiquité et à tous ceux qui vivaient à cette époque s’utilise avec le doigt. On pousse d’un côté ou de l’autre les billes de bois placées sur des tringles parallèles pour effectuer les calculs de l’époque. Le « digitum », à travers le boulier, devient l’outil de calcul, celui procède l’opération. Les deux font partie du même système et interagissent pour exprimer un résultat.

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Rapprocher chiffres et doigts dans un même concept, c’est ce que fait notre « digital » moderne. Aujourd’hui le digital amène une métaphore supplémentaire. Le doigt est devenu, grâce à Steve Jobs entre autres, le premier médium entre l’homme et la machine informatique, entre l’homme et l’écran, l’homme et l’information.

La souris et le joypad se sont effacés, ne reste plus que le doigt pour glisser sur la surface minérale de nos smartphones et sélectionner, supprimer, faire défiler, valider ou activer les fonctions de nos applications. Et parce que les appareils tactiles sont en grande majorité des appareils de mobilité qu’on utilise de façon extrêmement personnelle, le terme digital prend aujourd’hui une dimension plus large.

Le doigt comme métaphore du soi, du personnel, du sur-mesure (aboutissement parfait de la parfaite interaction homme/machine sans intermédiation). Le digital comme métaphore renouvelée du numérique, nomade et itinérant. Le journalisme digital porte au centre de sa culture la notion de sur-mesure, de pratique centrée sur l’humain, pas seulement dans ses questionnements ou son champ d’investigation — celui propre au journalisme — mais bien dans celui que l’utilisateur final est au cœur des préoccupations.

Le journalisme digital n’est donc pas un anglicisme de plus destiné à faire « néo », mais bien le fruit d’une réflexion qui tire dans l’étymologie millénaire du mot, la raison même de son existence et la nature résolument nouvelle de la mission qui est la sienne : mettre le public au centre de la conversation et des préoccupations.

Le « journalisme digital » donc, n’est pas seulement un type de journalisme qui trouve son terrain d’action sur Internet, ou qui tire parti de l’environnement numérique dans lequel il s’inscrit, mais bien un journalisme de culture nouvelle.

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