Les Jour­na­listes sont les Desi­gners de l’in­for­ma­tion.4 min de lecture

Plus ques­tion aujourd’­hui de consi­dé­rer que l’in­for­ma­tion circule comme elle le faisait, il y a même 20 ans. L’ap­pa­ri­tion des Inter­nets, l’ac­cé­lé­ra­tion tech­no­lo­gique et les très (trop) fameuses conjec­tures de Moore ont trans­formé la façon dont le public, accède et consomme l’in­for­ma­tion. Le smart­phone et la tablette supplantent les versions papiers des éditions quoti­diennes de tous les jour­naux occi­den­taux, la mobi­lité devient clef et le rapport aux « nouvelles » ne se fait plus dans un seul sens, mais devient haute­ment inter­ac­tif. Le public attend un renou­veau du jour­na­lisme dont il ques­tionne de plus en plus l’au­to­rité « morale » tout en souhai­tant encore y voir une réfé­rence, un guide, un vecteur de compré­hen­sion.

La presse et le jour­na­lisme font face à plusieurs défis de taille. La survie écono­mique des titres en est un majeur puisque sans eux, il est diffi­cile d’en­vi­sa­ger serei­ne­ment une vie démo­cra­tique normale et saine. L’adap­ta­tion aux usages et aux demandes des utili­sa­teurs de la part des jour­na­listes consti­tue le second chal­lenge, tant les habi­tudes héri­tées du 20e siècle sont ancrées dans les têtes et dans les cœurs des profes­sion­nels de l’in­for­ma­tion.

Le jour­na­liste long­temps cantonné au rang de témoin — de rappor­teur de news — se doit aujourd’­hui d’em­bras­ser les chan­ge­ments d’usages et d’ap­proches liés à l’ac­cé­lé­ra­tion du cycle de l’in­for­ma­tion. Il doit trans­for­mer ses pratiques, emprun­ter à d’autres secteurs d’ac­ti­vité les proces­sus d’idéa­tion, de travail, les approches métho­do­lo­giques de concep­tion et de design bien souvent rencon­trées dans les entre­prises de la Sili­con Valley.

Cette trans­for­ma­tion, cette muta­tion ne doit pas être soutenu par un désir d’être à la page, mais bien par une volonté profonde d’amé­lio­rer et de renfor­cer le lien entre un public — qui a besoin de plus en plus de comprendre, mettre en pers­pec­tive et agir sur le monde qui l’en­toure — et une presse qui doit se réfor­mer en profon­deur afin de retrou­ver un compas moral, éthique et profes­sion­nel adapté aux demandes contem­po­raines. Il est temps de redé­fi­nir les missions du jour­na­lisme, de l’orien­ter vers le service à la commu­nauté (comme le souligne Jeff Jarvis), de chan­ger les dyna­miques de travail pour les recen­trer sur la produc­tion colla­bo­ra­tive de conte­nus et enfin d’ac­cep­ter cette mission de capa­ci­ta­tion des indi­vi­dus, chère aux Anglo-saxons et que nous serions bien avisés de reprendre à notre compte.

En cela, le design consti­tue notre meilleur allié. « Un des rôles du design est de répondre à des besoins, de résoudre des problèmes, de propo­ser des solu­tions nouvelles ou d’ex­plo­rer – des possi­bi­li­tés pour amélio­rer la qualité de vie des êtres humains ». La tech­ni­fi­ca­tion des pratiques du jour­na­lisme doit repo­ser sur des connais­sances solides de ces tech­niques et des envi­ron­ne­ments dans lesquels elles s’épa­nouissent. Il est temps d’ou­blier la clas­si­fi­ca­tion désuète de jour­na­liste 2.0, bimé­dia ou web (long­temps utili­sée pour valo­ri­ser les forma­tions) et de former les profes­sion­nels à la culture et au manie­ment des outils modernes de trans­mis­sion de l’in­for­ma­tion qui dépassent aujourd’­hui la plume, le micro, la caméra ou l’ap­pa­reil photo.

Le rôle du jour­na­liste dans notre société tourne désor­mais autour de trois axes majeurs: l’infor­ma­tion, l’éduca­tion et « l’action ».

L’in­for­ma­tion — évidem­ment primor­diale — doit se déployer à travers tous les canaux dispo­nibles aujourd’­hui et demain. Elle doit être taillée sur mesure, pensée, desi­gnée pour corres­pondre à la fois aux usages, aux termi­naux où le public la consulte et aux spéci­fi­ci­tés de l’his­toire qu’elle porte. Pour ce faire, le jour­na­liste doit donc deve­nir Chef de Projet, une sorte de « Super Desi­gner » de l’in­for­ma­tion et savoir construire sa narra­tion au fil des plate­formes pour accom­pa­gner le public dans sa décou­verte quoti­dienne et lui éviter l’info­bé­sité dont il est victime aujourd’­hui.

L’édu­ca­tion corres­pond à l’ana­lyse profonde des contextes et la mise en pers­pec­tive des évène­ments dans un but perma­nent de « forma­tion citoyenne » à la lecture de l’in­for­ma­tion « chaude ». Là encore, le jour­na­liste scéna­rise l’in­for­ma­tion pour lui donner profon­deur et sens.

L’ac­tion, dernière addi­tion à ce trip­tyque, tient plus de la capa­ci­ta­tion, c’est-à-dire le proces­sus par lequel l’in­di­vidu acquiert les moyens de renfor­cer sa capa­cité d’ac­tion, de s’éman­ci­per et d’agir. Cette capa­ci­ta­tion, permet de résoudre la téta­nie provoquée par l’ac­cu­mu­la­tion de nouvelles terribles et de donner au public une voie d’échap­pa­toire, de réin­tro­duire l’ini­tia­tive au cœur du débat, de rendre un peu d’au­to­rité sur les choses à un public désem­paré.

Jour­na­lism.design cherche donc à mettre en avant les métho­do­lo­gies, les tech­niques et les savoirs utiles aux jour­na­listes pour s’ins­crire dans cette nouvelle défi­ni­tion du rôle qui est le sien. En travaillant autour du Design Thin­king, de la narra­tion digi­tale, des nouvelles écri­tures, de la conduite de Projets, de l’im­mer­sion et de l’ex­pé­rience, nous cher­che­rons à dres­ser les contours réin­ven­tés d’une profes­sion en pleine muta­tion: le jour­na­liste, desi­gner de l’in­for­ma­tion.

Retrou­vez Jour­na­lism.design à la rentrée.

Commentaire

Personne n’a pris la parole sur ce sujet, n’hésitez pas à laisser un mot.

Laissez un petit mot